1. Exposé: Relations amoureuses et sexuelles entre coéquipières et coéquipiers
(Pat Griffin)

Les personnes qui passent beaucoup de temps ensemble créent des liens. Les amitiés et les relations sexuelles ou amoureuses sont possibles, tant chez les personnes des deux sexes que du même sexe. Ce n’est que récemment, alors que les athlètes lesbiennes, homosexuels ou bisexuels révèlent de plus en plus leur orientation sexuelle, que les entraîneures et entraîneurs et les administratrices et administrateurs ont commencé à relever des façons d’aborder cette situation tout en respectant les droits des membres d’équipe et en tenant compte des priorités visant à établir et à maintenir la cohésion et la performance de l’équipe.

À prime abord, le fait de défendre les relations amoureuses ou sexuelles entre les membres d’une équipe peut sembler une solution simple. Cependant, cette politique présume qu’une relation amoureuse ouverte au sein d’une équipe de sport aura inévitablement une incidence négative sur l’unité, la performance et l’image publique de l’équipe. Nous convenons qu’il est en effet plus facile pour les coéquipières et coéquipiers de ne pas s’engager dans une relation amoureuse ou sexuelle avec un autre membre de l’équipe. Toutefois, à l’instar des athlètes hétérosexuels, les athlètes lesbiennes et homosexuels se rencontrent et développent des relations amoureuses. Ceci n’est pas un fait nouveau.

Les relations amoureuses entre lesbiennes et homosexuels au sein des équipes sont habituellement tenues secrètes ou, du moins, elles ne sont pas reconnues publiquement à l’extérieur de l’équipe. Le fait d’interdire de telles relations ou d’insister pour qu’elles demeurent secrètes favorise le manque d’honnêteté et le traitement non équitable. Dans certains cas, les entraîneures et entraîneurs et les athlètes tolèrent la relation tant que les personnes concernées sont discrètes et n’attirent pas l’attention sur leur relation. Si la relation est mise au jour, les entraîneures et entraîneurs retirent de l’équipe les personnes en cause ou les avisent de mettre fin à leur relation amoureuse. Les relations amoureuses secrètes ou interdites entre les athlètes peuvent s’avérer une distraction des objectifs de l’équipe. Cependant, nous estimons qu’il est possible pour les équipes sportives de concilier avec les relations amoureuses entre athlètes si ces relations ne compromettent pas les buts ou la cohésion de l’équipe. Ceci nécessite de la maturité et une attitude responsable de la part des personnes concernées et leur volonté d’adopter des comportements appropriés au sein de l’équipe. En bref, cela signifie que les athlètes devraient d’abord se conduire en tant que membre d’équipe dans le contexte de l’équipe.

Si les entraîneures et entraîneurs ou les athlètes estiment qu’une relation amoureuse entre deux athlètes pose un problème, il importe de déterminer la source du problème avant de prendre des mesures. Les membres de l’équipe sont-ils préoccupés de leurs propres sentiments de gêne ou des gestes posés par les partenaires de la relation? Souvent, la source de la gêne des membres de l’équipe provient de l’homophobie ou de la crainte que tous les autres membres de l’équipe seront perçus comme des lesbiennes ou des homosexuels. Il arrive parfois que les coéquipières et coéquipiers ne soient pas à l’aise avec le concept d’une relation lesbienne ou homosexuelle et manifeste ce malaise dans la situation. Si les problèmes au sein de l’équipe sont causés par l’homophobie et non la conduite des partenaires de la relation, c’est alors l’homophobie des membres de l’équipe qui est la source du problème et non la relation amoureuse entre athlètes. L’éducation et les discussions avec les membres de l’équipe peuvent permettre d’aborder les craintes, les stéréotypes et les préoccupations.

Si la relation amoureuse a une incidence négative sur la performance ou la cohésion de l’équipe en raison du comportement inapproprié des partenaires de la relation, il faut alors se pencher sur ce comportement. Les partenaires doivent connaître les attentes particulières auxquelles elles ou ils font face en tant que couple dans une équipe. Le but est de créer une politique qui respecte les choix des personnes et précise clairement les attentes relativement aux comportements du couple dans le contexte de l’équipe.

Il est possible de prendre plusieurs mesures concernant les relations amoureuses et sexuelles entre des membres d’équipe, que ces relations soient entre des hommes et des femmes membres d’une équipe mixte ou entre des personnes de même sexe membres d’une équipe du même sexe :

  • Interdire les relations amoureuses et sexuelles entre les athlètes. Cette politique favorise le secret et le manque d’honnêteté parmi les athlètes. En outre, son application est difficile. Nous ne la recommandons pas.
  • Ignorer les relations amoureuses et sexuelles entre les athlètes. Cette orientation apolitique favorise également le manque d’honnêteté et le secret en plus de pouvoir causer des problèmes qui pourraient couver si les membres de l’équipe engagés dans la relation agissent de façon inappropriée ou que d’autres athlètes ne sont pas à l’aise avec la situation.
  • Décourager les relations amoureuses et sexuelles entre les athlètes, ET être prêt à discuter ouvertement avec les partenaires, en mettant l’accent sur l’équité, l’accommodement raisonnable, l’honnêteté et la responsabilité envers l’équipe.

La dernière option de politique reconnaît que les relations amoureuses au sein d’une équipe peuvent compliquer la dynamique de l’équipe et nécessiter un comportement responsable des partenaires de la relation. Il importe que l’entraîneure ou l’entraîneur établisse des limites et des attentes appropriées pour tous les membres de l’équipe, en particulier les partenaires de la relation. Ces dernières ou derniers ont la responsabilité supplémentaire de se conduire de façon professionnelle et respectueuse. Cela signifie que, dans ce contexte, elles et ils doivent d’abord se comporter comme des membres de l’équipe. Les entraîneures et entraîneurs sont responsables d’expliquer clairement ces attentes aux partenaires de la relation.

Recommandations pour aborder les relations amoureuses et sexuelles entre membres d’une équipe :

  • Être proactif, établir une politique plus large qui s’applique équitablement à toutes les relations amoureuses et sexuelles entre des membres de l’équipe et d’autres personnes, peu importe leur orientation sexuelle.
  • Être direct et ouvert concernant la possibilité d’une relation entre deux personnes du même sexe. Ce n’est pas une situation qu’on doit tenir secrète. C’est un fait de la vie.
  • Encourager les membres de l’équipe à s’engager dans des relations amoureuses avec des personnes autres que les membres de l’équipe en raison des complications éventuelles – il en est de même pour les relations entre des collègues de travail.
  • Ne pas exiger le secret; les athlètes établissent leur propre niveau de confort pour révéler leur relation aux autres.
  • L’entraîneure ou l’entraîneur devrait parler aux partenaires de la relation de leurs responsabilités envers l’équipe.
  • La performance et l’unité de l’équipe ont préséance sur la relation dans le contexte de l’équipe (ne pas mettre par paires ou exclure les autres membres de l’équipe dans l’autobus, aux repas, aux séances d’entraînement, à l’hôtel).
  • Les manifestations publiques d’affection dans le contexte de l’équipe ne sont pas appropriées (se tenir la main, s’embrasser). Comparer cette règle à un comportement professionnel approprié en milieu de travail.
  • Les partenaires de la relation doivent régler leurs problèmes ou conflits dans leur temps libre, et les laisser à l’extérieur du vestiaire.
  • Discuter avec les partenaires de la façon d’annoncer la relation aux autres membres de l’équipe. Le dire aux membres de l’équipe au cours d’une réunion, leur dire individuellement, leur laisser savoir.
  • S’assurer que les partenaires d’une relation comprennent que si elles et ils ne répondent pas aux attentes, un ou les deux partenaires devront quitter l’équipe.


L’entraîneure ou l’entraîneur doit s’a
ssurer que les autres membres de l’équipe comprennent qu’elles et ils ont comme responsabilité d’être justes et d’examiner leurs propres préjugés et craintes face à la relation ainsi que d’en parler de la même façon qu’elles ou ils aborderaient tout autre problème d’équipe si elles ou ils estiment que le comportement des partenaires de la relation nuit à la performance ou à la cohésion de l’équipe.